Abdelkader Amara : En 20 ans, le ministère a investi environ 14 Mds de DH

Un tour d’horizon avec Abdelkader Amara, ministre de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau sur les projets structurants ayant permis à la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima de se hisser en deuxième pôle économique.

EcoActu : Quel bilan pouvons-nous dresser de la contribution majeure du Ministère de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau des projets structurants dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima ?

Abdelkader Amara : Effectivement, la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima connait un développement socio-économique important, impulsé par la vision prospective de Sa Majesté le Roi Mohamed VI que Dieu le glorifie. Cette vision a permis à cette région en quelques années de devenir le 2ème pôle économique du Royaume, grâce aux grands projets structurants réalisés dans les différents secteurs.

Durant les vingt dernières années, le Ministère de l’Equipement, du Transport, de la Logistique et de l’Eau (METLE) a investi une enveloppe globale d’environ 14 Mds de DH. Et afin d’assurer la continuité du développement des différentes infrastructures de la Région, plusieurs projets sont en cours de réalisation, ainsi que d’autres programmés, avec un montant global d’environ 4 Mds de DH.

Ainsi, la Région dispose d’un réseau routier de 2.706 km de routes, dont 98% revêtues et 54% sont dans un état bon à moyen. Ce réseau compte également 165 km d’autoroutes et 228 km de voies express, avec la réalisation en cours de 30 km de voie express (reliant Taza à Al Hoceima).

Concernant le patrimoine portuaire et maritime, la Région dispose de 15 ports dont 55% sont destinés à la pêche, 23% à la plaisance, 14% aux passagers, 4% aux croisières et 4% au fret.

Le trafic portuaire de la Région enregistre 26% du trafic des marchandises et 86% du trafic des passagers et des croisières.

Véritable porte d’entrée au Maroc, le complexe Tanger Med, dont la capacité a été triplée à plus de 9 millions de containers EVP, suite au lancement de l’exploitation de Tanger Med II, renforce davantage la connectivité du Maroc en tant que Hub de référence en Afrique et dans le Monde. Ce complexe a nécessité 25 Mds de DH de financement public et a permis de drainer des investissements privés d’environ 53 Mds de DH.

Connectant le Royaume à 77 pays et 186 ports, Tanger Med a contribué à installer le Maroc sur la scène maritime internationale et à le hisser de la 83ème à la 17ème place en termes de connectivité maritime. Ce succès est dû à la pertinence de la Vision de Sa Majesté le Roi pour ce projet stratégique et le choix juste du Souverain de son implantation à la croisée des routes maritimes. Ce projet structurant comporte, par ailleurs, plusieurs zones d’activités qui ont connu, depuis le lancement du projet en 2007, l’installation d’environ 900 entreprises, dans les domaines industriels, logistiques et des services, et ont permis la création de plus de 75.000 emplois directs.

Parallèlement, la Région de Tanger – Tétouan – Al Hoceima a connu durant les 20 dernières années un bond important dans le secteur ferroviaire, elle abrite actuellement la 1ère ligne à grande vitesse (LGV) reliant la ville du détroit à Casablanca. La Région dispose ainsi de 100 km de voies LGV, 112 km de voies ferrées classiques et 10 gares ferroviaires.

En termes de transport, la Région dispose de 11 gares routières, 7 centres d’immatriculation, 34 centres de visite technique et 3 centres de formation des conducteurs. Afin d’améliorer les conditions de la sécurité routière dans cette Région, le Ministère a mis en place 15 radars fixes au niveau de ces différentes routes et projette la mise en place de 51 dans les 2 années à venir.

La Région dispose également de 11.293 entreprises de transport (transport de voyageurs, transport de marchandises, transport en milieu rural, enseignement de la conduite, location de voitures, transport touristique, transport de personnel et transport scolaire) dont 71% opérant dans le secteur du transport de marchandises.

Le transport international routier de marchandises au niveau du port Tanger Med est monté crescendo durant les dernières années, en enregistrant en 2018 une évolution de 31% par rapport à 2017.

Quel développement pour cet état des lieux ?

Concernant les projets du secteur routier, environ 13.5 Mds de DH ont été investis. Le Ministère a réalisé 197 km de voies express avec un coût global de 1.600 MDH, en plus de la réalisation de la rocade méditerranéenne sur 285 km entre Tanger et Al Hoceima pour 4.200 MDH.

Le Ministère a veillé également à la maintenance d’environ 1.800 km pour un coût global d’environ 2.150 MDH, en plus de la réparation des dégâts de crues pour un coût d’environ 750 MDH, ainsi que la mise en place des aménagements de sécurité pour un coût de 40 MDH.

Cette période a connu aussi la construction, la reconstruction et la réparation de 60 ouvrages d’art pour un coût d’environ 400 MDH.

La région a largement bénéficié des programmes de désenclavement du monde rural pour un coût global d’environ 4.423 MDH (675 km pour 773 MDH dans le PNRR1 qui a porté le taux d’accessibilité à 40% et le PNRR2 sur 1.550 km pour un coût de 3.200 MDH avec un taux d’accessibilité de 66%), et le Programme de mise à niveau territorial (PMAT) sur une longueur de 160 km dans les provinces de Chefchaouen et d’Al Hoceima avec un montant de 450 MDH.

Le Ministère a procédé à la réalisation d’un nombre de projets avec un montant d’environ 3,7 Mds de DH, dont certains sont achevés. Il s’agit de la construction de la voie express Tétouan-Chefchaouen sur 53 km avec un coût de 980 MDH, ainsi que la réalisation de la voie express Larache-Ksar El Kabîr sur 28 km avec un montant de 283 MDH. La maintenance des routes provinciales situées dans la Province de Ouezzane sur 73 km avec un montant de 95 MDH, et la maintenance des routes dans la Province de Larache sur 60 km avec un coût 65 MDH.

Dans le cadre du Programme Tanger Métropole, 78 km seront maintenus en plus de la création d’un échangeur avec un coût de 435 MDH. Concernant le Programme « Al Hoceima Manarat Al Moutawassit », le Ministère assure l’élargissement et le renforcement de six axes routiers sur 155 km avec la reconstruction de 12 ouvrages d’art, pour un montant de 714 MDH.

Le Département a également mis en place plusieurs programmes pour la mise à niveau des infrastructures et de la sécurité routière, en l’occurrence le Programme Spécial des Aménagements de Sécurité (PSAS) avec un montant de 140 MDH, le programme de maintenance sur une longueur de 122 km pour un coût de 240 MDH et le programme d’ouvrages d’art qui concerne 7 OA pour un montant de 40 MDH.

Le Ministère a contribué au programme de réhabilitation des routes rurales classées de proximité qui s’inscrit dans le cadre du Programme National de Réduction des Disparités Territoriales et Sociales (PRDTS), par la maintenance de 533 km et la réhabilitation de 11 ouvrages d’art avec un montant de 700 MDH.

Qu’en est-il des infrastructures portuaires et maritimes ?

Entre 1999 et 2019, la région Tanger – Tétouan – al Hoceima (RTTH), de par sa vocation maritime par excellence, et sa position géographique privilégiée, a connu la plus grande part des investissements portuaires qui s’élève à l’ordre de 30 Mds de DH concernant notamment la réalisation du complexe portuaire Tanger Med (I et II), la reconversion du port de Tanger Ville, l’extension du port d’Al Hoceima, ainsi que la réalisation de nouveaux ports de pêche.

En effet, cinq (5) nouveaux ports ont été réalisés dans la région en plus des 10 ports existants, à savoir : les ports de pêche de Chmaala en 2006, de Fnideq en 2011, d’Inouaren en 2014, de Dalia en 2016, en plus du port de commerce de Tanger Med en 2007.

Compte tenu de sa position géographique, la Région de Tanger – Tétouan- Al Hoceima compte actuellement 1 chantier naval, 6 lignes régulières pour le transport de passagers et 47 agents maritimes actifs opérant dans le domaine.

La Région dispose également d’un Centre de Surveillance du Trafic Maritime de Tanger (CSTM), désigné et mandaté par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) en qualité de VTS côtier, qui a pour mission de surveiller le trafic maritime dans le détroit de Gibraltar.

Par ailleurs, Tanja Marina Bay International (TMBI), la plus grande marina du Royaume, est le fruit de reconversion de la zone portuaire de Tanger-ville. Avec un investissement global de 635 MDH, ce projet a eu des retombées importantes pour la ville qui se dote d’une offre touristique plus complète et plus attractive.

Ce projet comporte, entre autres, la modernisation de l’ancienne gare maritime pour un investissement global de 100 MDH, la réadaptation et l’extension des quais du port pour 250 MDH, ainsi que la réalisation du nouveau port de pêche de la ville de Tanger pour un investissement global de 1.152 MDH.

Quid des autres secteurs liés au social, à l’éducation et à l’Administration ?

Le Ministère a également déployé des efforts considérables dans la Région en matière de maîtrise d’ouvrage délégué des projets au cours de la période 1999-2019. Ainsi, il a assuré la maîtrise de 549 projets appartenant à 50 départements et institutions publics pour un coût d’environ 2.452 MDH.

En termes d’infrastructures sportives, 20 projets ont été réalisés pour un coût d’environ 1.354 MDH. Le projet de construction de la Faculté de médecine et de pharmacie pour un coût de 250 MDH.  Dans le domaine social, 79 projets ont été réalisés pour un coût global de 285 MDH.

Le programme de réhabilitation des bâtiments publics touchés par le séisme d’Al Hoceima, dont les travaux ont été délégués au Ministère, comprend 192 bâtiments publics (162 en restauration et 30 en reconstruction), pour un coût estimé à 264 MDH.

La rénovation des salles de classe scolaire dans le milieu rural a été réalisée dans 184 écoles primaires pour un coût d’environ 8,8 MDH.

Par ailleurs, le Ministère a achevé 73 projets pour un coût d’environ 290 MDH. Il s’agit notamment des bâtiments administratifs de la Direction Générale de la Sureté Nationale (8 projets pour un coût de 175 MDH), du Ministère de l’Économie et des Finances (20 projets pour un coût de 44 MDH) et les services territoriaux du Ministère (38 projets pour un coût de 61 MDH).

D’autre part, le Ministère poursuit ses efforts pour mener à bien 75 projets en cours de réalisation en matière d’ouvrage délégué, pour un coût d’environ 3,6 MDH, dont 35 projets en construction et 40 en phase d’étude.

Quelle est la place accordée à la logistique dans les projets de développement pilotés par le Ministère dans la Région?

L’efficacité du secteur logistique détermine fortement la performance des pays en termes d’intégration et de compétitivité sur les marchés mondiaux.

La stratégie nationale de développement de la compétitivité logistique a donné une grande priorité à la Région formalisant l’engagement de l’Etat et du secteur privé à une participation active et engagée visant à faire de la logistique régionale un réel levier de compétitivité.

Pour la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, qui jouit d’une position géographique privilégiée, la stratégie de développement de la compétitivité logistique vient capitaliser sur les efforts fournis en termes de développement d’infrastructures performantes, notamment à travers le développement du Port Tanger-Med et de son inter-land.

Pour accompagner cette dynamique et s’adapter aux perspectives de son évolution, une étude d’actualisation du schéma régional de développement de zones logistique a récemment été lancée.

S’inscrivant dans le Schéma National Intégré de Zones Logistiques prévu par la stratégie nationale, le schéma logistique de la Région vise à renforcer l’ancrage de la Région dans son environnement Euro-Méditerranéen et à contribuer à la valorisation de son rôle en tant que pôle d’échanges privilégié et intégré dans l’économie mondiale.

Quels en sont les projets en cours et futurs qui profiteront aux différentes stratégies sectorielles ?

D’importantes avancées ont été constatées en matière de développement d’offres de services logistiques dans la région, à savoir le transport routier national et international, le stockage, le freight-forwarding, le fret aérien ou encore les nouvelles technologies.

Cette évolution a été marquée par la multiplication des opérateurs et la diversification de l’offre. Un nombre important d’entreprises internationales et nationales ont choisi de développer leurs activités dans la Région de Tanger – Tétouan – Al Hoceima, à travers le développement de la formation et l’amélioration des principales chaines logistiques (import/export, distribution interne, matériaux de construction), actés par la signature de conventions spécifiques associant toutes les parties prenantes publiques et privées.

La Région de Tanger-Tétouan- Al Hoceima compte plus de 646 entreprises exportatrices réalisant 18,7% du volume global des exportations nationales, soit un chiffre d’affaires à l’export de 34,6 Mds de DH.

Plusieurs zones franches dédiées à l’import/export et des infrastructures de transports portuaires, aéroportuaires, ferroviaires et autoroutiers de haut niveau attestent de l’importance accordée au secteur de la logistique dans la Région.

En effet plus de 250 Ha à proximité du port de Tanger- Med sont dédiés à l’entreposage des marchandises, à la transformation légère des produits, au contrôle de qualité en plus de la mise en kit, du traitement de colis et leur distribution. Il s’agit de la Zone Franche Logistique Med Hub entièrement dédiée aux activités de logistique.

Quatre autres zones logistiques sont en cours d’aménagement. Il s’agit des plateformes de Melloussa – Cherafat sur une superficie de 60 Ha, la zone de Tétouan (40 Ha), celle de Aïn Dalia (208 Ha) et de Guzenaya (50 Ha).

Par ailleurs, le projet de création de la Zone Franche Commerciale de Fnideq sur une superficie de 140 Ha, permettra aux entreprises de développer leurs échanges commerciaux. Cette zone sera dédiée au développement des activités de commerce de gros et de détail.

Quelles sont les perspectives de développement et d’accompagnement de l’essor économique et démographique de la Région en terme hydraulique ?

Dans le domaine de l’eau, le Royaume du Maroc dispose d’une vision à long terme grâce à un processus de planification et de gestion de ses ressources en eau pour accompagner le développement socio-économique régional.

A cet effet, le Royaume dispose d’instruments de planification institués par la nouvelle loi sur l’eau 36-15, à savoir :

  • A l’échelle Nationale : le Plan National de l’eau qui fixe les orientations stratégiques à l’échelle nationale en matière de développement des ressources en eau et de mise en cohérence des stratégies et programmes sectoriels ;
  • A l’échelle de la Région : les plans directeurs d’aménagement intégré des ressources en eau pour chaque bassin hydraulique (PDAIRE) en l’occurrence le PDAIRE du Loukkos (qui couvre la Région de Tanger-Tétouan Al Hoceima) ;
  • A l’échelle locale : les plans locaux de gestion des eaux qui peuvent être établis pour promouvoir le développement des ressources en eau à petite échelle.

Ces documents de planification sont en cours d’actualisation, en parfaite symbiose avec tous les intervenants dans le secteur de l’eau, pour tous les bassins hydrauliques notamment le bassin du Loukkos, Tangérois et Côtiers Méditerranéens.

Ce PDAIRE, qui sera soumis au Conseil du Bassin du Loukkos, fixera les schémas d’aménagements et de gestion des eaux pour satisfaire à moindre coût et d’une manière durable, les besoins en eau de la population et des différents secteurs usagers.

Concernant la Région de Tanger-Tétouan- Al Hoceima, le Pôle de Tanger connait un développement socio-économique important entraînant un accroissement de la demande en eau essentiellement potable, industrielle et touristique.

A cet effet, plusieurs aménagements y ont été réalisés (Barrage Ibn Battouta , Barrage 9 Avril et Barrage Tanger Med pour l’alimentation en eau potable de la ville de Tanger et du Port de Tanger Med).

A moyen et long termes, d’autres aménagements sont également prévus pour sécuriser l’approvisionnement en eau à savoir : l’achèvement des travaux de réalisation du barrage Kharroub et la construction du Barrage et Ayacha et son interconnexion avec le bassin du Loukkos qui dispose de ressources en eau abondantes.

L’approvisionnement en eau de la ville de Tétouan et de sa zone côtière, assuré auparavant par les barrages Smir, Moulay Hassan Ben El Mehdi et Nakhla, a été définitivement sécurisé sur le long terme grâce à l’achèvement des travaux de construction du barrage Cherif Al Idrissi, d’une capacité de 122 Millions de m3.

Le système hydraulique d’Al Hoceima est approvisionné actuellement par le barrage Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi et la nappe de Rhiss-Nekkor. Ce système sera renforcé par une station de dessalement, prévue courant 2019, avec une capacité de production de 17300 m3/jour.

Afin de sécuriser l’alimentation en eau potable de la ville d’Al Hoceima et des centres liés à moyen et long termes, le barrage Oued Rhiss, doté d’une capacité de stockage de 93 Millions de m3, est en cours de construction et sera mis en eau en 2022.

Le système hydraulique de Chefchaouen, alimenté à partir du captage des eaux de la source de Ras El Ma, a été renforcé par la réalisation du barrage Chefchaouen dont la capacité de stockage s’élève à 12,2 Millions de m3.

Afin d’accompagner la dynamique de développement que connait la région du Nord et d’anticiper sur la forte demande en eau inhérente, Sa Majesté le Roi Mohammed VI que Dieu le Glorifie a donné ses Hautes Instructions lors de la dernière réunion de travail consacrée à la problématique de l’eau tenue au mois d’avril 2019, pour l’édification de 3 grands barrages à savoir, Dar Maimoun, Bou Ahmed et Béni Mansour dont la capacité de stockage dépasse le Milliard de m3.