Moulay Hafid Elalamy : La complémentarité entre régions est fondamentale

Permettre une accélération industrielle en faisant des Régions des moteurs de développement est un pari réussi puisqu’il table sur la mise en valeur des spécificités et des potentialités de chaque région. Libre choix par la suite aux investisseurs de s’installer où ils veulent, mais les autorités sont sensibles à la création d’une complémentarité entre les régions et à assurer une répartition des richesses sur tous les territoires. Pour Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, la réussite de la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima est un modèle à dupliquer.

EcoActu : Le développement des régions occupe une place prépondérante dans les orientations royales. Comment cette sollicitude royale se décline-t-elle sur le terrain, notamment pour la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima ? 

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Moulay Hafid Elalamy : La vision royale a été très claire : Le développement des Régions de façon importante. Il y a eu à la base la mise en place d’une importante infrastructure qui a constitué l’épine dorsale du territoire. A partir de là, il a fallu évidemment développer les régions les unes après les autres.

Il faut se rappeler que la Région de Casablanca était la plus développée économiquement et qu’il fallait créer des régions nouvelles, qui au niveau économique, pouvaient donner des résultats probants. Lorsqu’on regarde ce qui a été fait pour la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, cela est extrêmement révélateur de la stratégie de SM le Roi qu’il voudrait implémenter dans l’ensemble des autres régions.

D’abord mettre en place une infrastructure de niveau international. Vous avez Tanger Med qui est aujourd’hui le premier port de l’ensemble du pourtour méditerranéen et qui a pu constituer un véritable levier de développement de la région.

Autour de cette infrastructure, il y a eu d’importantes infrastructures complémentaires y compris la Ligne à grande vitesse qui a pu relier dans des délais extrêmement courts Tanger à Kénitra, Rabat et Casablanca et dans le futur Marrakech et pouvant aller jusqu’à Agadir.

Ceci a permis d’améliorer l’infrastructure d’accessibilité à Tanger.

Ajoutez à cela, des locomotives de croissance qui se sont installées à Tanger. D’abord Renault qui a pu fédérer autour d’elle un nombre d’équipementiers qui ont pu créer un véritable tissu industriel de premier plan.

Tanger est une ville où le textile a une histoire et exporte énormément des produits de textile-habillement.  Ce secteur emploie une importante main-d’œuvre pas uniquement de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima mais de l’ensemble du Royaume.

Voici donc un modèle qui a été structuré et pensé : l’infrastructure mise en place est de niveau mondial, le tissu économique s’est installé et a pu réaliser des résultats enviables.

C’est un modèle que d’autres régions essayent aujourd’hui de dupliquer.

Quelles en sont les retombées en matière d’industrialisation du pays, du taux d’intégration, de création d’emplois, de contribution à hisser certaines industries au rang de métiers mondiaux du Maroc ? 

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La vision royale, souvenez-vous, était de mettre en valeur les métiers mondiaux du Maroc (MMM) constitués de l’agro-industrie, l’automobile, l’aéronautique ainsi que d’autres activités à fort potentiel et qui ont permis au Royaume de s’industrialiser davantage.

Il faut remarquer que la Région accueille plusieurs zones dédiées comme Tanger Automotive City qui se développe avec l’industrie automobile, les agropoles qui permettent le développement de l’agro-industrie, et le textile évidemment. Ce sont des complémentarités et des synergies en fonction des spécificités des régions, de leur histoire, de leurs compétences, de leur capacité et de l’infrastructure dont elles disposent. En effet, lorsqu’on regarde Tanger à 14 km de l’Europe, c’est une position stratégique avantageuse et lorsqu’en prime vous avez un complexe portuaire comme Tanger-Med, cela permet à la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima de rayonner dans le monde.

La vision royale a été très claire : développer les régions, chacune avec ses spécificités et potentialités à mettre en valeur, et leur assurer un rayonnement international.

C’est ce que la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima a réussi à démontrer jusqu’à présent.

Comment veillez-vous à marqueter ces régions et assurer leur complémentarité les unes les autres pour un développement harmonieux du pays ?

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Il faut préciser d’emblée que les investisseurs, nationaux et internationaux, sont libres de s’installer là où ils veulent et nous les accompagnons.

Mais nous essayons dans la mesure du possible de répartir ces investissements sur l’ensemble du territoire pour créer de l’emploi et de la richesse au niveau régional.

Maintenant si l’on prend l’axe Casablanca-Kénitra-Tanger, on remarque que le secteur automobile a démarré à Casablanca avec la SOMACA avant de se développer avec Renault à Tanger et plus récemment à Kénitra avec PSA. Cette complémentarité est importante parce que ces trois Régions sont bien connectées entre elles grâce à l’infrastructure mise en place, ce qui fait qu’un équipementier peut être installé à Casablanca et fournir Renault à Tanger et un équipementier de Tanger fournir PSA à Kénitra.

Cette complémentarité est fondamentale !

Le fait de ne pas positionner ces opérateurs d’un même secteur les uns après les autres est fondamental parce qu’il est nécessaire que chaque pôle puisse se développer sans cannibaliser l’opérateur déjà installé. On aurait installé PSA à côté de Renault, ce dernier aurait souffert ne serait-ce que de voir ses compétences débauchées, et l’inflation aidant, cela aurait créé beaucoup de problèmes.

Il faut dans ce sens savoir que nous sommes dans la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima presque en plein emploi et la majorité des employés de Renault ne sont pas issus de la Région. C’est dire que la ressource humaine commence aussi à être moins disponible que de par le passé. Tant mieux !

Cette région a pu se développer à une telle vitesse et atteindre de tels résultats. C’est tout ce que nous souhaitons pour les autres régions.

Deux années nous séparent de l’échéance du Plan d’Accélération industrielle, quel bilan en faîtes-vous ?

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Le PAI est prévu de 2014 à 2020. Son objectif principal était la création de 500.000 emplois nouveaux à horizon 2020. Fin 2018, nous en sommes déjà à plus de 405.000 nouveaux emplois créés. Il reste deux ans et l’objectif des 500.000 sera largement dépassé.

Deuxième objectif, pour le secteur automobile par exemple, était d’atteindre une capacité annuelle de production de 600.000 véhicules, nous sommes déjà à 700.000 que nous espérons dépasser à horizon 2020.

En termes de taux d’intégration, on espérait atteindre les 50%, il faut savoir que la première voiture sortie de l’usine PSA est sortie avec un taux d’intégration de 60%.

Comme vous l’avez si bien constaté, ces métiers se sont complétés. Par exemple le textile qui souffrait d’une compétition internationale violente, a sorti son épingle du jeu en intégrant l’amont pour améliorer sa compétitivité. Ce secteur aujourd’hui est en plein croissance et va aller bien au-delà dans les prochaines années.

Nous pouvons globalement dire que nous sommes satisfaits par les résultats obtenus par le plan d’accélération industrielle placé grâce à la Vision royale. Ce sont des orientations très claires que nous avons eues pour chaque secteur. La Chine on n’y avait pas pensé et ce sont les orientations royales qui ont permis de voir ce que nous pouvions faire avec l’Empire du Milieu. Appréciez maintenant le nombre d’acteurs chinois qui se sont installés dans le Royaume : Dicastal à Kénitra est le leader mondial de la jante aluminium implanté au Maroc avec des perspectives importantes de développement.

Nous avons dans ce cadre-là mis en œuvre cette vision royale qui dépasse dans le cadre de ces stratégies une législature. Ce n’est pas un gouvernement qui peut porter ces stratégies par secteur. C’est SM le Roi qui est le garant de la continuité et de la pertinence de ces stratégies. Bien évidemment, les gouvernements proposent et mettent en œuvre et c’est important parce que l’industrie marocaine ne peut pas être modifiée par un ministre au gré de ses souhaits.

Intégralité de l’Interview

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