Issa Ben Yaakoub : « Actuellement, le secteur stagne et roule à une vitesse sereine »

Avec un franc-parler, Issa Ben Yaakoub, président de l’Association des promoteurs et lotisseurs immobiliers de Tanger (APILT), fait le diagnostic du secteur de l’immobilier, l’un des moteurs de croissance de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

EcoActu.ma : Depuis plusieurs années le secteur de l’immobilier constitue l’une des locomotives de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Dans une conjoncture nationale empreinte d’une tendance baissière du marché de l’immobilier, comment se porte le secteur au niveau de la région ?

Issa Ben Yaakoub : Il est clair que le secteur de l’immobilier est vital pour l’économie nationale. Au niveau de la région il est pourvoyeur de 11% de la main œuvre régionale. Il représente la locomotive qui tire vers l’avant beaucoup d’autres industries accompagnantes telles que la briqueterie, les carreaux, le ciment et autres matériaux de finition. Il contribue vivement à la collecte des impôts et taxes en plus des droits communaux. Cependant, le secteur traverse actuellement une phase de stagnation, au niveau des ventes et des remises sur chantier suite à la correction subie depuis 2012. Actuellement les projets d’habitat social représentent 50% du marché devant 25% du moyen standing, 5% du haut standing et villas et 20% de l’habitat individuel.

Durant ces dernières années, quelles sont les phases les plus importantes ayant marqué l’évolution du secteur ?

Durant les 20 dernières années, le secteur a connu beaucoup de fluctuations. La phase la plus dynamique était entre 2000 et 2008 où la production et les ventes ont atteint un niveau maximum. Des marges incroyables accentuées par une spéculation acharnée. Rappelons qu’en 2008 et après plusieurs efforts, Tanger n’a pas été choisie pour organiser l’expo 2012 non pas sans impact sur le secteur. Aussi, le déclenchement de la crise mondiale des subprimes a touché les RME qui constituaient 40 % des clients potentiels à l’époque.

Le secteur a aussitôt connu une crise aiguë qui s’est traduite par une chute libre des ventes avec une régression de -70% du segment haut standing et de -50% du moyen standing.

Pendant les 4 années suivantes, une correction saine a régulé le marché. Heureusement l’instauration de l’habitat social à partir de 2011 a contribué positivement pour la survie du secteur. Les logements économiques sont devenus plus accessibles mais la qualité n’était pas au rendez-vous, surtout pour la grande masse bâtie par les grosses boîtes venues de partout. En 2012, les stocks d’appartements invendus étaient abondants, ce qui a entrainé une régression de la production entre 2012 et 2016.

Maintenant, le secteur stagne et roule à une vitesse sereine, une qualité satisfaisante sur les segments proposés par les acteurs locaux soucieux de préserver leurs réputations.

Dans le même sillage, quels sont les freins qui entravent le redécollage du secteur immobilier ?

Actuellement, il y a un manque de visibilité très grave pour les investisseurs. La ville a besoin d’un plan d’aménagement (PA) qui constitue la pièce maîtresse pour pouvoir booster le secteur davantage. Deux versions du PA ont été présentées à l’enquête publique en 2016 et en 2017, regroupant les quatre arrondissements de la ville sur une superficie de 1.700 hectares.

Malheureusement aucune des deux versions n’a atteint la phase d’homologation.

Cette absence de PA garde le secteur dans l’obscurité. L’agence urbaine ne peut produire des notes orientations relatives à la destinée des terrains, ce qui a entrainé le ralentissement des transactions en terrain nu.

Les promoteurs ne sont plus enthousiastes pour développer des projets sur des zones dont la vision n’est pas claire.

D’autres handicapes :

  • L’extension future de la ville qui tend vers l’aéroport où l’ONDA dicte sa loi quant aux hauteurs dans des zones de servitudes aériennes. Il n’y a toujours pas un plan clair ni d’efforts fournis par l’administration pour clarifier cette situation et encourager les promoteurs pour la réalisation de leurs projets surtout près de la nouvelle gare routière et le marché de gros ;
  • Les services de Amendis ne sont pas à la hauteur de l’aspiration des promoteurs. Depuis plus de 2 ans, ils s’opposent à la publication du guide promoteurs déjà concerté alors qu’il est imposé par le cahier des charges relatif au contrat liant Amendis à la commune ;
  • Sur le plan national, les promoteurs sont unanimes sur le fait que pour sortir de cette impasse et relancer le secteur, il faudrait absolument proposer une nouvelle génération d’incitation au profit des acquéreurs surtout sur le produit moyen standing destiné à une large classe moyenne oscillant entre le social et le moyen qui dépasse leur capacité financière.

Malgré une conjoncture morose et un secteur en crise, le secteur est marqué par une mise en chantier. Comment expliquez-vous cela ?

Il est vrai que le secteur vit une conjointure morose, cependant les atouts de Tanger sont très particuliers : emplacement géographique stratégique, porte d’entrée de l’Afrique et de l’Europe, ville de transit visitée par la majorité des RME, ville mythique et extraordinaire.

La mise à niveau des infrastructures qu’a connu la ville par la réalisation du projet Tanger Métropole traduisant la volonté Royale pour faire progresser cette ville en avant. Il est à citer également le développement du tissu industriel de la ville (usine Renault, zones industrielles, Tanger TAC, Zones franches…) qui a drainé une bonne masse de main d’œuvre moyenne, qualifiée et des cadres aussi, constituant un carnet de commandes très important pour le secteur du logement.